De violents combats se poursuivent à Damas au
lendemain de l’attentat qui a décapité une partie de l’appareil sécuritaire du
régime. Al-Assad est apparu ce jeudi à la télévision syrienne d’Etat. Après le
nouveau blocage d'une résolution à l'ONU, la mission du médiateur Kofi Annan
paraît bel et bien condamnée. Les rebelles se sont emparés de la frontière avec
l'Irak.
Les rebelles syriens ont pris le contrôle de la
frontière avec l’Irak et se sont emparés d’un poste-frontière avec la Turquie.
C’est un coup dur pour le régime de Bachar al-Assad , au cinquième jour de
combats d’une violence inédite dans la capitale Damas. A la frontière avec la
Turquie, les rebelles se sont emparés du poste-frontière de Bab al-Hawa. Ils y
ont «détruit une photo de Bachar al-Assad et ce après le retrait des troupes
régulières », a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Le conseil de sécurité dans l’impasse
A New York, le vote sur le projet de résolution occidentale avait été retardé d'une journée à la demande de l'émissaire international Kofi Annan, qui espérait un compromis avec Moscou. Mais la Russie, toujours inflexible, et la Chine ont opposé une nouvelle fois leur veto à des sanctions économiques envers Damas. Le ministre des Affaires étrangères russes Sergueï Lavrov avait d’ailleurs annoncé hier la couleur: «Adopter une résolution dans un tel contexte reviendrait à apporter un soutien direct au mouvement révolutionnaire.»
Sur 15 pays membres, la résolution a recueilli 11 voix pour, 2 contre et 2 abstentions (le Pakistan et l'Afrique du Sud). «Le Conseil de sécurité a totalement échoué dans sa tâche la plus importante cette année», a commenté l’ambassadrice américaine Susan Rice, qui a annoncé: «Nous allons intensifier nos efforts avec différents partenaires hors du Conseil de sécurité pour faire pression sur le régime Assad.»
Comme le craignaient nombre de diplomates occidentaux, cette nouvelle impasse enterre de fait la mission de Kofi Annan. «L'échec» du Conseil de sécurité dans ce dossier signifiait que la mission Annan ne peut pas se poursuivre.
«Cela me fait de la peine de le dire, mais nous ne sommes pas sur
la voie de la paix en Syrie», a déclaré sur un ton grave le chef
des observateurs de l’ONU, le
général Robert Mood lors d’une conférence de presse (en anglais) ce jeudi dans la
capitale syrienne.
Le général norvégien ne cache pas
son pessimisme concernant l'issue à la crise syrienne. Il a déclaré que « la
paix est plus que jamais menacée » et condamné « la répression
violente des forces de Bachar El Assad qui occupent tous les points de contrôle
autour de Treimsa avec des tirs d’obus et usage d’hélicoptères». Il appelle « le
gouvernement syrien à mettre fin à cette effusion de sang et à reconnaître que
la confrontation armée est la mauvaise voie ».
Les combats s’intensifient
Au lendemain de l'attentat qui a visé le coeur du système Assad et tué trois hauts responsables, des
centaines de personnes fuyaient jeudi des quartiers de la capitale, toujours en
proie à des combats violents.
Les trois dignitaires tués mercredi sont : l’ex-ministre
de la Défense Hassan Ali Turkmani, le ministre de la Défense Daoud Rajha et son
adjoint Assef Chawkat, beau-frère de Bachar al-Assad.
Les combats, entamés mardi, se déroulent dans
plusieurs quartiers de Damas. Qaboun a été pris d’assaut pour la première fois
par des chars de l’armée, rapporte l'OSDH, qui fait état de «craintes de massacres» dans ce secteur. Selon
de nombreux observateurs, dans le centre, de rares clients s’approvisionnent
dans les quelques magasins restés ouverts dans les rues commerçantes de Salhié et
de Chaalane. Mais rares sont les informations qui arrivent de la
capitale.
Où se trouve le
président Assad ?
Le président n’a pour le moment fait aucune
déclaration ni apparition publique en réaction à l’attentat de mercredi. Le
président «se trouve au palais présidentiel à Damas avec ses collaborateurs
et dirige les destinées du pays», assure à l'AFP l'un de ses conseillers.
Des images diffusées par la télévision d'Etat et montrant le nouveau ministre
de la Défense Fahd al-Freij prêtant serment devant le chef de l’Etat semblent
en attester. Mais des
informations donnent Bachar al-Assad en fuite hors de Damas, à Lattaquié croit
savoir Reuters, tandis que son épouse Asma Al-Assad serait déjà réfugiée en
Russie. Rien n'est confirmé.
La mère et la sœur de Bachar al-Assad se sont quant à
elles rendues dans la ville côtière de Tartous pour l’enterrement d’Assef Chawkat, le beau-frère du
président syrien tué dans l'attentat. Les médias officiels n’ont toujours pas
diffusé d’images du lieu de l'explosion, dont on ignore toujours si elle est le
fait d’un kamikaze ou non.
«Ce qui s’est passé hier est un signe du début de la
fin de ce régime (...) c’est un grand coup porté au (chef de l’Etat) et à
l’appareil sécuritaire et répressif du régime», a de son côté affirmé
ce jeudi Georges Sabra, porte-parole du Conseil national syrien (CNS), la
principale coalition de l’opposition. «C’est un nouveau signe que le régime
va vers sa fin car l’attentat s’est produit à moins de 500 mètres (à vol
d’oiseau) du palais présidentiel, là même où Bachar al-Assad donne ses ordres
pour tirer sur les gens. »
Pour autant, les forces d’Assad, composées
essentiellement d'Alaouites, sa confession, restent importantes et la partie
est loin d'être gagnée pour les rebelles, moins bien armés. La situation évolue d'heure en heure.
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